Un propriétaire souhaite récupérer son bien ou reprendre son logement, mais son locataire a dépassé 70 ans. La question revient souvent : la loi française interdit-elle purement et simplement l’expulsion d’un locataire senior, ou existe-t-il des conditions précises à respecter ? La réponse tient en quelques critères d’âge et de ressources, mais elle mérite d’être détaillée.
Oui, il est possible d’expulser un locataire âgé de plus de 70 ans, mais la loi impose une protection légale renforcée qui bloque certains congés si le locataire a plus de 65 ans, dispose de ressources modestes, et que le propriétaire n’est pas lui-même dans une situation particulière. Concrètement, un congé pour vente ou pour reprise devient impossible sans proposer un logement de remplacement adapté, sauf exceptions. En revanche, pour une résiliation judiciaire liée à des impayés de loyer (un motif que les propriétaires cherchent aussi à anticiper en amont, comme on le voit dans notre article sur ce que vérifie l’assurance loyer impayé dans le dossier du locataire), l’âge du locataire ne suffit pas à empêcher la procédure, même si le juge en tient compte.
| Situation du locataire | Âge | Ressources | Protection contre le congé |
|---|---|---|---|
| Locataire senior classique | Moins de 65 ans | Peu importe | Aucune protection spécifique liée à l’âge |
| Locataire âgé protégé | 65 ans et plus | Inférieures au plafond de ressources modestes | Congé pour vente ou reprise bloqué sauf relogement |
| Locataire de plus de 70 ans | 70 ans et plus | Ressources modestes | Même protection, souvent renforcée par la vulnérabilité liée à l’âge |
| Bailleur lui-même âgé ou modeste | 65 ans et plus ou ressources faibles | Sous plafond | Le bailleur peut alors donner congé malgré l’âge du locataire |
Expulsion d’un locataire de 70 ans : ce que dit la loi
La loi du 6 juillet 1989 encadre la protection des locataires âgés. Elle ne fixe pas un seuil unique de 70 ans, mais retient l’âge de 65 ans comme référence pour déclencher une protection légale contre certains congés. Un locataire de plus de 70 ans entre donc automatiquement dans ce dispositif, à condition de remplir également le critère de ressources.
Protection renforcée selon l’âge : 65, 70 ou 80 ans
Le seuil de 65 ans s’applique à la date d’échéance du bail ou au moment du congé délivré par le propriétaire. Il n’existe pas de règle distincte à 70 ou 80 ans dans le texte de loi lui-même, mais ces âges sont souvent évoqués car ils renforcent la vulnérabilité reconnue par les juges en cas de litige. Un locataire senior de 80 ans, isolé et à faibles revenus, bénéficie donc dans les faits d’une protection plus difficile à contourner qu’un locataire de 65 ans encore actif.
Les critères de ressources modestes
L’âge seul ne suffit pas. Pour bénéficier de la protection, le locataire âgé doit également justifier de ressources modestes, appréciées par rapport aux plafonds de ressources fixés pour l’attribution des logements sociaux (plafonds PLS). À titre d’exemple, une personne seule dont les revenus annuels se situent nettement sous ce plafond, souvent autour de 15 000 à 20 000 euros selon la zone géographique, entre dans le champ de la protection légale. Ces plafonds de ressources varient chaque année et selon la commune.
Congé pour vente ou reprise : une protection maximale
C’est dans ce cas de figure que la protection du locataire âgé joue pleinement. Un congé pour vente ou un congé pour reprise adressé à un locataire de plus de 65 ou 70 ans aux ressources modestes est frappé de nullité si le bailleur ne propose pas de solution alternative. Le propriétaire ne peut pas se contenter d’invoquer son droit de reprendre son bien : il doit tenir compte de la situation du locataire senior avant d’agir.
L’obligation de relogement du propriétaire
Le bailleur qui souhaite malgré tout mettre fin au bail d’habitation doit proposer un logement de remplacement correspondant aux besoins et aux possibilités du locataire âgé. Ce logement doit être situé dans un périmètre géographique raisonnable, comparable en termes de loyer et de confort. Sans cette obligation de relogement respectée, le congé reste sans effet et le locataire peut se maintenir dans les lieux.
Résiliation judiciaire pour impayés : la protection demeure partielle

La situation change nettement lorsque le motif n’est plus un congé pour vente ou reprise, mais des impayés de loyer. Dans ce cas, la protection légale liée à l’âge ne bloque pas la procédure de résiliation judiciaire. Le propriétaire peut saisir le juge pour faire constater le manquement contractuel, quel que soit l’âge du locataire. Le magistrat peut cependant accorder des délais supplémentaires en tenant compte de la vulnérabilité de la personne âgée, de son état de santé ou de son isolement, sans pour autant annuler la procédure.
Les exceptions : quand l’expulsion reste possible
Plusieurs exceptions viennent limiter la protection du locataire senior. Si le propriétaire est lui-même âgé de plus de 65 ans, ou si ses propres ressources sont inférieures aux plafonds fixés, il peut donner congé sans être tenu de reloger son locataire. De la même façon, un manquement grave, des impayés répétés ou des troubles de voisinage avérés permettent d’engager une résiliation judiciaire malgré l’âge avancé de l’occupant. La protection n’est donc jamais absolue.
L’article 15 III de la loi de 1989 conditionne la protection à trois éléments cumulatifs : un locataire d’au moins 65 ans, des ressources annuelles sous le plafond du logement social, et l’absence d’un logement de remplacement correspondant à ses besoins. Si l’un de ces trois critères manque, le congé peut produire ses effets normalement.
Procédure et recours : délais, préfet, juge

Lorsque le congé ou la résiliation judiciaire aboutit malgré tout, une procédure d’expulsion classique s’enclenche. Le juge du contentieux de la protection statue sur la validité du congé ou sur les impayés, puis fixe les délais d’expulsion en tenant compte de la situation personnelle du locataire âgé. Une fois la décision devenue exécutoire, un commandement de quitter les lieux est délivré par huissier, suivi d’un délai légal avant toute intervention.
Si le locataire refuse de partir, le propriétaire doit solliciter le concours de la force publique auprès du préfet. Ce dernier peut refuser ou différer son accord, notamment lorsque la personne âgée est particulièrement vulnérable et qu’aucune solution de relogement n’a été trouvée. La trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, suspend par ailleurs toute expulsion physique, sauf rares exceptions prévues par la loi, ce qui offre un délai supplémentaire aux locataires les plus fragiles.
Expulser un locataire âgé reste donc juridiquement possible, mais rarement simple. Entre les critères d’âge, les plafonds de ressources, l’obligation de relogement et le rôle du juge comme du préfet, chaque dossier impose une analyse précise de la situation avant d’engager une procédure.





