Rénovation

État des lieux et trous dans les murs : quel tarif peut être facturé au locataire ?

Vincent Delaunay
Vincent Delaunay
août 19, 2026 7 min
Inspector examines large wall cavity with measurement tape extended

Un locataire quitte son logement et le propriétaire découvre plusieurs trous dans les cloisons, laissés par des cadres ou des étagères. La question revient systématiquement : combien peut-on retenir sur le dépôt de garantie pour ce type de dégât ? La réponse dépend à la fois du nombre de trous, de leur taille, du support concerné et du cadre légal qui encadre les réparations locatives.

Pour un trou de cheville classique laissé par une vis, le tarif tourne généralement entre 5 et 10 euros par trou si le propriétaire fait le rebouchage lui-même, et entre 15 et 30 euros par trou si un artisan intervient. Pour un gros trou dans du placo BA13 nécessitant une reprise avec une plaque de renfort, la facture grimpe entre 50 et 100 euros selon la surface à traiter et la finition demandée. Ces montants intègrent le rebouchage, le ponçage et la reprise de peinture, pas seulement le bouchage brut.

Cadre juridique : quand le propriétaire peut-il facturer les trous dans les murs ?

Obligation de restitution et décret de 1987

L’article 1730 du Code civil pose le principe : le locataire doit rendre le logement dans l’état où il l’a reçu, sauf ce qui a péri par vétusté. Le décret 1987 vient préciser la liste des réparations locatives à la charge du locataire, notamment les petites réparations d’entretien courant. Un état des lieux d’entrée précis et détaillé sert de référence pour comparer l’état initial et l’état final du logement.

Sans état des lieux d’entrée contradictoire, la loi présume que le locataire a reçu un logement en bon état, ce qui complique la tâche du bailleur pour justifier une retenue. C’est pourquoi la comparaison entre les deux documents reste la pièce centrale de tout litige lié aux murs.

Distinction vétusté normale et dégradation locative

Quelques trous de vis pour accrocher un tableau ou une étagère relèvent d’un usage normal du logement. La jurisprudence de la Cour de cassation a plusieurs fois confirmé que ce type de marque, en nombre raisonnable, ne peut pas être systématiquement facturé comme une dégradation. En revanche, un mur percé de dizaines de trous, des impacts profonds ou des arrachements de plâtre relèvent bien d’une dégradation locative imputable au locataire.

La nuance se joue souvent sur la quantité et la profondeur des trous. Trois ou quatre trous de cheville par pièce sont tolérés dans la plupart des décisions rendues, tandis qu’une multiplication de perforations ou des trous de plusieurs centimètres de diamètre basculent vers la dégradation.

Typologie des trous et critères d’évaluation

Petits trous de fixation (vis, chevilles)

Un trou laissé par une cheville Fischer standard mesure généralement entre 6 et 10 millimètres. Ce type de perforation se rebouche en quelques minutes avec un enduit adapté et ne justifie, dans la plupart des cas, aucune retenue sur caution s’il reste en nombre limité. C’est ce qu’on appelle l’usure normale liée à l’ameublement d’un logement.

Gros trous et dégradations structurelles

Les trous de plus de 2 ou 3 centimètres, causés par exemple par un meuble déplacé brutalement ou une fixation lourde arrachée, sortent du cadre de l’usage normal. Si le trou atteint un mur porteur ou nécessite une reprise structurelle, la facture peut monter rapidement et justifier l’intervention d’un professionnel plutôt qu’un simple rebouchage esthétique.

Impact de la nature du support (placo, béton, cloison)

Le coût varie fortement selon le matériau. Une cloison en placo BA13 se répare facilement avec un enduit et une bande à joint, alors qu’un mur en béton ou en parpaing demande un mortier spécifique et davantage de temps de séchage. Un trou traversant dans une cloison légère coûte souvent plus cher à réparer qu’un simple impact superficiel sur un mur en béton, car il nécessite parfois une découpe et un renfort.

Barème de tarification : quel coût de rebouchage appliquer ?

Artisan rebouchant petits trous mur blanc peinture

Tarif par trou et coût horaire artisan

Le tarif horaire artisan pour ce type d’intervention se situe généralement entre 35 et 50 euros de l’heure, hors déplacement. Pour une pièce comportant une dizaine de petits trous, un artisan facture souvent un forfait global plutôt qu’un tarif à l’unité, ce qui ramène le coût moyen entre 80 et 150 euros pour l’ensemble de la pièce, peinture comprise.

Type de trouRebouchage seulAvec finition peinture
Petit trou de cheville3 à 5 €8 à 12 €
Trou moyen (2-3 cm)10 à 20 €20 à 35 €
Gros trou avec renfort placo40 à 70 €60 à 100 €

Coût des matériaux et techniques de réparation

Le MAP (Mastic-Adhésif-Polyvalent) reste la solution la plus économique pour les petits trous, avec un coût matière proche de 5 euros pour un tube couvrant plusieurs dizaines de réparations. Pour un rendu plus lisse sur une grande surface, l’enduit de lissage est préférable, suivi d’un ponçage fin avant la reprise de peinture. Cette dernière étape représente souvent le poste le plus coûteux, car elle nécessite de repeindre un pan de mur entier pour éviter les différences de teinte.

Retenue sur le dépôt de garantie : méthode de chiffrage pas à pas

Pour justifier une retenue sur caution, le bailleur doit d’abord comparer l’état des lieux d’entrée et l’état des lieux de sortie, photo à l’appui si possible. Il doit ensuite déterminer si les trous constatés dépassent le seuil de l’usure normale, puis appliquer un abattement pour vétusté selon la grille utilisée par le bail ou par défaut selon la durée d’occupation.

Le montant retenu doit correspondre au coût réel de la réparation, justifié par un devis ou une facture, et non à une estimation arbitraire. Un bailleur qui retient 300 euros pour trois trous de cheville s’expose à une contestation, car ce montant est disproportionné par rapport au coût réel constaté sur le marché.

La règle des trois trous tolérés

Dans la pratique observée par plusieurs commissions locales, jusqu’à trois ou quatre petits trous par mur sont généralement considérés comme relevant de l’usage normal du logement, sans retenue possible sur le dépôt de garantie.

Cas particuliers et recours en cas de litige

Quand le locataire et le bailleur ne s’accordent pas sur le montant retenu, plusieurs voies existent avant d’aller au tribunal. La commission de conciliation permet de trouver un accord amiable gratuitement, avec un délai de traitement généralement plus court qu’une procédure judiciaire. Si le désaccord persiste sur l’état réel du logement, une expertise contradictoire peut être demandée, les deux parties se retrouvant alors avec un expert indépendant pour établir un constat objectif.

Dans les situations les plus tendues, notamment lorsque le montant en jeu est important, faire intervenir un huissier de justice pour dresser un constat permet de sécuriser la position de chacun. Cette démarche a un coût, mais elle évite souvent des mois de procédure devant le juge des contentieux de la protection.

FAQ : questions fréquentes sur les trous et l’état des lieux

Mur blanc avec trous de differentes tailles visibles

Un propriétaire peut-il facturer chaque trou individuellement ?
Oui, mais uniquement si le nombre et la taille des trous dépassent l’usage normal du logement, et à condition de présenter un justificatif du coût réel de réparation.

Le locataire doit-il reboucher lui-même les trous avant de partir ?
Rien n’oblige légalement le locataire à le faire, mais reboucher les petits trous avant l’état des lieux de sortie évite toute discussion et accélère la restitution du dépôt de garantie.

Combien de temps le propriétaire a-t-il pour restituer le dépôt de garantie ?
Le délai est d’un mois si l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée, et de deux mois si des retenues sont appliquées, avec justificatifs à l’appui.

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