Rénovation

Retenue sur caution après état des lieux : dans quels cas et quels recours ?

Vincent Delaunay
Vincent Delaunay
septembre 29, 2026 6 min
Agent immobilier consultant document deduction montant caution locataire

Recevoir un dépôt de garantie amputé au moment de rendre les clés suscite toujours de l’inquiétude. La loi encadre pourtant strictement les cas où un propriétaire peut opérer une retenue sur caution, et impose des justificatifs précis. Voici ce qu’il faut savoir pour comprendre une retenue, la contester si besoin, et connaître les délais de restitution du dépôt de garantie.

Dans quels cas le propriétaire peut-il retenir la caution ?

Un bailleur ne peut retenir tout ou partie du dépôt de garantie que dans deux situations précises : des dégradations constatées dans le logement, ou des sommes restant dues par le locataire. En dehors de ces deux motifs, aucune retenue n’est légalement admise, quelle que soit la raison invoquée.

Dégâts locatifs et dégradations

La comparaison entre l’état des lieux d’entrée et l’état des lieux de sortie est la pièce centrale du dossier. Si des dégradations apparaissent qui n’existaient pas à l’entrée dans les lieux, ce que la caution locative est justement censée couvrir, le propriétaire peut légitimement en déduire le coût de réparation. Un trou percé dans une cloison, une moquette brûlée par une cigarette ou une porte fracturée entrent typiquement dans cette catégorie (voir le tarif facturé au locataire pour des trous dans les murs).

Impayés de loyer ou de charges

Le second motif concerne les sommes dues à la fin du bail : loyers impayés, charges locatives non régularisées, ou encore la régularisation des charges locatives après le départ du locataire, qui révèle un solde en faveur du bailleur. Ces impayés peuvent être déduits directement du dépôt de garantie, sans qu’il soit nécessaire de saisir un tribunal, à condition que les montants soient clairement établis.

Justificatifs obligatoires pour retenir le dépôt de garantie

Une retenue sur caution ne peut jamais reposer sur une simple estimation à l’œil du propriétaire. La loi impose la production de justificatifs concrets : devis, factures acquittées d’un artisan, ou à défaut une facture pro forma détaillant précisément la nature et le coût des travaux. L’état des lieux de sortie doit lui-même être suffisamment détaillé et comparé à l’état des lieux d’entrée pour établir la réalité de la dégradation.

Sans ces éléments, le bailleur ne peut pas justifier légalement une somme retenue. C’est souvent sur ce terrain que se jouent les litiges : un propriétaire qui retient une somme forfaitaire sans facture ni devis expose sa décision à une contestation, et le plus souvent à une restitution intégrale ordonnée par un juge.

L’erreur classique du propriétaire pressé

Beaucoup de bailleurs retiennent une somme « au forfait » pour repeindre ou nettoyer, sans facture ni devis à l’appui. Cette pratique est illégale : sans justificatif chiffré, la retenue peut être annulée en totalité, y compris si les dégâts sont réels.

Délais légaux de restitution de la caution

Deux documents immobiliers comparés montrant inspections logement

Le délai de restitution dépend directement du résultat de la comparaison entre les deux états des lieux. Si l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée, sans dégradation constatée, le propriétaire dispose d’un délai de 1 mois à compter de la remise des clés pour restituer l’intégralité du dépôt de garantie. Si des différences apparaissent, ce délai passe à 2 mois, le temps de chiffrer les réparations nécessaires.

Ce délai s’applique aussi bien pour un logement vide que pour un logement meublé, la seule différence portant sur le montant du dépôt de garantie lui-même (un mois de loyer hors charges pour un logement vide, jusqu’à deux mois pour un logement meublé). Passé ce délai sans restitution ni justification, des pénalités de retard peuvent s’appliquer automatiquement, calculées en pourcentage du loyer mensuel par mois de retard.

Différence entre usure normale et dégradation imputable

C’est souvent le point de friction le plus fréquent entre locataire et propriétaire. L’usure normale résulte du temps qui passe et d’un usage raisonnable du logement : elle ne peut jamais donner lieu à une retenue. Une dégradation, à l’inverse, résulte d’une négligence, d’un accident ou d’un mauvais entretien imputable au locataire.

Situation constatée Usure normale Dégradation imputable
Peinture des murs Légères traces, jaunissement Trous multiples, taches d’humidité non signalées
Revêtement de sol Marques d’usage, léger décoloration Brûlure, déchirure, tache profonde
Robinetterie Traces de calcaire Fuite due à un mauvais entretien

Prenons un exemple chiffré pour illustrer une retenue justifiée : un locataire quitte un logement vide avec une vitre cassée (devis de réparation à 180 euros) et un loyer impayé de 320 euros. Sur un dépôt de garantie de 700 euros, le propriétaire peut légalement retenir 500 euros au total, à condition de fournir le devis et le décompte du loyer impayé, et restituer les 200 euros restants dans le délai de 2 mois.

Que faire en cas de retenue abusive ou de non-restitution ?

Lettre recommandee avec accuse reception sur bureau

Lorsque le délai est dépassé ou que la retenue paraît injustifiée, la première étape consiste à adresser une lettre de mise en demeure au propriétaire, par courrier recommandé avec accusé de réception. Ce courrier doit rappeler les délais légaux et demander la restitution du solde du dépôt de garantie, en joignant une copie de l’état des lieux de sortie et du bail d’habitation.

Si le bailleur reste silencieux ou refuse de restituer les sommes, il est possible de saisir la commission départementale de conciliation, une procédure gratuite qui permet souvent de trouver un accord sans passer par la justice. Cette conciliation constitue d’ailleurs un préalable recommandé, parfois même obligatoire, avant toute action devant le tribunal judiciaire.

En l’absence d’accord, le locataire peut saisir le tribunal compétent pour obtenir la restitution du dépôt de garantie, assortie le cas échéant des pénalités de retard prévues par la loi. Conserver l’ensemble des échanges, des états des lieux et des justificatifs facilite grandement cette démarche, quelle que soit l’issue choisie.

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